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Hyperdynamics réconcilié avec la Guinée PDF  Array Imprimer Array  Envoyer
Écrit par Les Afriques   
Dimanche, 16 Mai 2010 17:25

 Dr Thierno KéitaDr Thierno Kéita, consultant et directeur technique de la SCS Corporation, filiale à 100% de Hyperdynamics, explique les tenants et les aboutissants de l’avenant signé le 25 mars par l’Etat guinéen et la compagnie pétrolière texane. Entretien exclusif.

Les Afriques : La Guinée et Hyperdynamics viennent de signer un accord qui met fin à trois ans de litige. Comment en est-on arrivé là ?

Dr Thierno Kéita : Il y a eu beaucoup d’incompréhensions durant ces années à propos du contrat, qui a été signé en 2006 par Hyperdynamics et la Guinée. Ce fameux contentieux a été créé de toutes pièces. Il y avait la géopolitique et la pétro-politique qui étaient mélangées dans l’affaire. Seulement, on ne peut pas entrer dans ces détails maintenant. L’important, c’est qu’il y a eu un changement politique en Guinée et une restructuration à Houston, au niveau de la direction et du Conseil d’administration de Hyperdynamics. Les hommes qui sont venus ont dit qu’ils voulaient revoir le dossier avec l’Etat guinéen. Donc, la délégation est venue en Guinée, en septembre 2009. Elle a rencontré le président de la République et l’actuel président de la République par intérim. L’ordre a été donné de revoir le dossier. Directement, nous avons négocié un mémorandum d’entente. Ce qui était une évolution. Par le passé, on nous disait de remettre les documents, faute de quoi, il n’y avait pas de discussion. C’était un ultimatum. Or, nous avons investi environ de 40 millions $ dans ces documents. On ne pouvait pas les donner banalement, sans garanties.

LA : Quel est le contenu de cet avenant ?

Dr TK : La nouvelle formule était de nous assoir et de discuter du premier point, qui était la superficie. C’est le problème de fond. On nous a dit de rendre à l’Etat les 64% de la superficie, au plus tard le 31 décembre 2009. On était en septembre. Pour nous, ce problème était réglé. Dans les deux mois qui suivaient, on devait remettre tous les documents dont nous disposions. Ensuite, il nous a été demandé de faire un programme de travail sur les deux ans à venir, assorti d’un plan de financement. Nous avons suivi les échéances. Le 10 novembre, les documents d’informations de base sur l’offshore ont été remis au gouvernement. Nous avons donné le programme d’investissement pour les deux ans. Troisièmement, le 30 décembre, nous avons rétrocédé les 64%. Nous avons donc rempli les conditions. Le 10 janvier 2010, notre président, Ray Leonard, est venu à Conakry et les discussions ont été ouvertes pour revoir le protocole d’accord signé en 2006.

LA : Au delà de la réduction de la zone contractuelle, qu’est-ce que l’avenant prévoit à propos des taxes et redevances pétrolières ?

Dr TK : Pour que la nouvelle direction commence les négociations, notre contrat a été remis à un cabinet indépendant aux Etats-Unis. Il s’agissait, pour ce cabinet, de prendre ce contrat et le comparer à tous les contrats des Etats qui sont dans les mêmes conditions géologiques que nous en Afrique de l’Ouest. La Mauritanie, le Sénégal, la Guinée Bissau, la Gambie, la Sierra Leone, le Liberia, la Côte d’Ivoire. Les gens ont fait une étude comparative des différents contrats et ont sorti quelque chose. Dans le code pétrolier, les redevances ou royalties sont considérées comme des coûts recouvrables. On vous donne dès le début, mais à la production on déduit. Maintenant, les 10% de royalties sont gratuits. Donc, dès la première production, l’Etat guinéen prend 10%. La société est constituée sur les 90%. C’est une très grande évolution. La production minimale prévue est 100 000 barils/jour. Ce qui veut dire qu’au moins 10%, soit 10 000 barils/jour, reviendront à l’Etat. Au taux actuel, cela fait 800 000 dollars par jour. Multipliez par 365 jours, vous avez 292 millions de dollars. C’est plus que ce que l’industrie minière – la CBG, Rusal, la SAG etc.- donne aujourd’hui à la Guinée, qui est de l’ordre de 150 millions de dollars.

Au-delà de ce facteur, vous avez une nouveauté au niveau de toute la structure de la société. Dès qu’il y a une découverte de pétrole, la Guinée a l’option d’entrer comme entrepreneur. L’Etat souverain a déjà ses royalties et peut entrer à 15% dans les parts de l’entrepreneur. Nous allons faire l’étude environnementale qui n’était pas prise en compte au départ. On va aussi engager un budget annuel de 200 000 dollars pour la formation des Guinéens dans l’industrie pétrolière. Tout ceci, ce sont des engagements fermes.

LA : Il est aussi prévu l’entrée de Dana Petroleum, qui est une compagnie britannique, dans la zone contractuelle.

Dr TK : C’est la pratique dans l’industrie pétrolière. Pour faire un forage, il faut à peu près 60 millions de dollars. S’il y a beaucoup d’entrepreneurs, cela minimise les risques et augmente la probabilité de trouver du pétrole. C’est ce qui s’est passé. Dana Petroleum a acheté 23% des parts de Hyperdynamics. Mais, avant qu’elle n’entre, Hyperdynamics avait adressé une lettre au ministre des Mines pour lui annoncer l’octroi de 23% de ses parts à cette société. L’Etat a répondu favorablement, en acceptant sous réserves. C’est cette décision qui va être reconvertie en un arrêté ministériel très prochainement.

LA : Est-ce que Hyperdynamics a déjà entrepris des recherches pétrolières en Guinée ?

Dr TK : Avant 2006, dans le cadre de U.S Oil, dont on parlait souvent, elle avait réalisé 5000 km de sismique. Après 2006, malgré tout ce qui se passait, elle a continué à faire la géophysique au large des côtes guinéennes. De novembre 2009 à janvier 2010, nous avons fait 10 000 km de sismique en 2D au large de la Guinée. Avec l’avenant signé, il y a l’engagement de faire 2000 km² de sismique en 3 D, dès que les derniers papiers seront en ordre. Là, on passe à une phase où on doit pouvoir voir dans l’espace ce que nous pensons être du pétrole, avec toutes les indications à l’appui. Dans les prochaines semaines, il y aura un appel d’offres pour les bateaux hautement spécialisés.

LA : Globalement, les investissements jusqu’à la fin de la période exploratoire sont évalués à combien ?

Dr TK : Ce qui est dans le contrat est le côté légal. Ce qui va être fait est plus que ce qui est écrit dans le contrat. L’engagement minimal prévu dans le contrat est de 2 000 km² à 3D, pour un montant minimum de 12 millions USD. Ensuite il faudra réaliser au minimum un forage d’exploration dans la zone contractuelle, qui doit avoir une profondeur minimum de 2500 m, pour un montant minimum de 5 millions USD. On va commencer le forage à partir de septembre 2011.

LA : A quand la production du premier baril ?

Dr TK : Il faut prier. Maintenant que la porte est ouverte et qu’on nous a collé la paix, nous allons investir. Les montants que je viens de dire sont des engagements juridiques. Mais, en pratique, nous allons les dépasser. Si le résultat du premier forage donne bien, en fonction de ce que nous pensons avoir soupçonné, un second forage va suivre dans les deux années suivantes.

LA : Pourquoi risquer en effectuant autant d’investissements, alors qu’un premier forage réalisé en 1977 n’a pas été concluant ?

Dr TK : On ne détecte pas le pétrole. On doit le chercher. Aujourd’hui, nous en sommes entre 50 et 60 millions USD d’investissement. Ce qu’on va investir d’ici le premier forage est un minimum de 100 millions USD. Au fond du premier forage, on sera à peu près à 200 millions USD. S’il n’y a rien, c’est de l’argent brûlé. Mais, on aura reçu des informations qui nous permettent de continuer la recherche du pétrole. Nous espérons que l’ère de la prospérité va commencer, car les revenus pétroliers peuvent être employés en Guinée dans divers secteurs. Le pays est très riche et on peut tout développer.

Les Afriques

Mise à jour le Dimanche, 16 Mai 2010 17:42
 
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