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Les diamants de la gloire pour De Beers en Afrique PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 08 Juillet 2009 23:47

Le quartier général de De Beers, le principal producteur et négociant mondial de diamants dans le monde, est à Londres. Ce groupe a bâti sa puissance et sa renommée en exploitant et en vendant les diamants d’Afrique.

Six des dix plus gros producteurs mondiaux de diamants sont africains, et leur production arrive en grande partie chez De Beers. Depuis longtemps, le continent produit plus de 62% de la production mondiale de diamant. En cette période de crise, le diamant a connu quelques fluctuations de prix sur le marché des matières premières. Les Afriques a rencontré James Suzman, le directeur de la responsabilité sociale du groupe De Beers.

« Nous envisageons de produire seulement 50 à 60% de notre production de l’année dernière, en essayant d’être en phase avec la capacité réelle d’absorption du marché. »

Les Afriques : Depuis quand le groupe De Beers est-il implanté en Afrique ?

James Suzman : De Beers a commencé en 1888 et existe donc depuis 120 ans. Nous avons une relation très étroite avec le continent. Mais les activités du groupe ont bien entendu évolué au fil des ans et de sa croissance. En ce moment, nous sommes dans une nouvelle phase et nous consolidons notre portefeuille d’activités. Nous cherchons maintenant de nouvelles opportunités dans des pays comme l’Angola et ailleurs, mais nous veillons également à renforcer nos activités dans les pays où nous avons une présence traditionnelle dans l’exploitation du diamant, comme le Botswana, l’Afrique du Sud et la Namibie. Et depuis l’année dernière, nous avons, pour la première fois de notre histoire, investi hors du continent africain, au Canada.

LA : Globalement, dans combien de pays êtes-vous présents ?

JS : Nous sommes présents dans plusieurs pays sous différentes formes. Le groupe De Beers est avant tout une compagnie minière et nos activités sont principalement focalisées sur l’Afrique. Mais ailleurs nous sommes impliqués dans le commerce du diamant et cela nous a ouvert d’autres horizons. Nous avons, par exemple, avec le groupe Louis Vuitton, une joint-venture qui a donné naissance à la compagnie Les Bijouteries de Diamant De Beers. Nous sommes impliqués dans les ventes directes dans certains pays comme Israël, la Belgique et la Grande-Bretagne, et nous sommes aussi implantés au Moyen-Orient, où nous avons créé la marque Un diamant c’est pour la vie, qui est une grande marque de référence.

LA : Est-ce que le monde du diamant est aussi touché par la crise économique et financière mondiale ?

JS : Toutes les activités au niveau mondial ont été touchées par un ralentissement d’activités en cette période de crise, certaines plus que d’autres, bien sûr. Le monde du diamant est un secteur de luxe, et, à l’opposé des autres crises, celle-ci a réellement frappé le secteur du luxe qui, traditionnellement, résiste plutôt bien aux crises.

LA : La crise a-t-elle entrainé une forte réduction de vos affaires ?

JS : Nous essayons d’ajuster nos niveaux de production aux besoins du marché. La nature de cette crise financière a eu un impact sur le comportement des consommateurs, qui ont réduit leur consommation. Ce faisant, les maisons de commerce ont des stocks qu’elles n’arrivent plus à écouler, et cela se répercute sur nous. Cette année, nous avons réduit nos productions sur l’ensemble de nos mines, et nous envisageons de produire seulement 50 à 60% de notre production de l’année dernière, en essayant d’être en phase avec la capacité réelle d’absorption du marché. Notre chance, c’est que nous avons réagi très rapidement aux réalités du marché financier, et, au fur et à mesure que la situation s’améliorera, nous ferons des ajustements.

LA : En temps de crise, l’or est considéré comme une valeur refuge. Est-ce le cas pour le diamant ?

JS : On ne peut répondre aussi facilement par oui ou par non à cette question. L’or est vraiment une matière première minérale dont le commerce est libre, le diamant, bien que différent, est comme l’or une matière précieuse, mais il a une valeur émotionnelle en plus. Ces prix fluctuent avec la demande et le pouvoir d’achat des consommateurs. Les diamants n’ont pas un prix unique en fonction du poids, par exemple. Chaque diamant a son prix, et dans ce sens ce n’est pas une valeur refuge comme l’or, qui est recherché par tous pour être accumulé. Pour le diamant, en réalité il s’agit d’un investissement que l’on fait, et que l’on va garder des générations entières, comme un bien de luxe.

LA : Quelle est la place de l’Afrique dans la production mondiale de diamant ?

JS : Il y a beaucoup de grands producteurs de diamants dans le monde. La Russie a toujours été un grand producteur. Mais les plus grands producteurs restent africains, avec, en tête, le Botswana qui produit 25% de la valeur des gemmes de diamant dans le monde. Et historiquement ce pays s’est développé et a bien profité de sa richesse en diamant. La Namibie et l’Afrique du Sud ont des productions presque similaires. Il y a aussi d’autres producteurs en Afrique : la RDC, qui produit 8 à 9% de la production mondiale, l’Angola, autour de 10%. La production africaine de diamant est donc relativement importante dans le monde, et a, en général, participé au développement des pays concernés.

LA : En RDC justement, vous réduisez vos activités sur place ainsi que votre partenariat avec la MIBA. Pourquoi cela ?

JS : Nous avions une relation bien entendu avec la MIBA, mais la RDC n’est pas un de ces pays où nous avons une grande présence. Nous avions entrepris de grandes explorations cependant, et ces dernières années nous avons décidé de réduire très sérieusement nos activités sur place.

LA : Pourquoi cela ?                                                         

JS : Tout d’abord à cause de la qualité du produit que nous trouvions sur place. Nous n’avons pas perçu de très importantes perspectives d’avenir dans l’exploitation du diamant dans ce pays comme dans d’autres pays de la région comme le Botswana, l’Afrique du Sud, ou même l’Angola où nous continuons d’avoir une production relativement importante.

LA : Il y a quelques années on parlait « des diamants de la guerre », était-ce une campagne réussie de votre point de vue pour contrôler l’origine et le commerce du diamant dans le monde ?

JS : La campagne contre les diamants du sang était très intéressante. Cela a permis à l’industrie du diamant dans le monde de prendre conscience d’un problème : dans certaines régions d’Afrique, le diamant était utilisé pour soutenir les efforts de guerre. En réponse, les ONG, la société civile et les gouvernements se sont retrouvés pour mettre en place ce que l’on a appelé le processus de Kimberley. Depuis 2003, ce processus a enregistré des succès et a réduit drastiquement l’utilisation du diamant pour soutenir l’effort de guerre des rebellions à travers l’Afrique.

LA : Cette campagne a-t-elle été réellement efficace ?

JS : Je crois que cette campagne a été une réussite avec le lancement du processus de Kimberley. C’est vrai que nous ne pouvions éliminer tous les risques liés à ce commerce du diamant, mais le processus était une grande réussite. Il s’agissait en réalité d’une série d’accords entre gouvernements. Plus le gouvernement était légitime, plus il était à même de travailler dans les termes du processus de Kimberley. Et tous les pays qui étaient liés à ce trafic des diamants du sang, avec le processus de Kimberley, se sont restructurés pour être au diapason des recommandations énoncées dans ce traité, comme en Angola. Nous avons à l’heure actuelle seulement quelques problèmes dans le cadre du processus de Kimberley avec les diamants de la zone rebelle en Cote d’Ivoire. Mais il faut relativiser, car la Côte d’Ivoire représente seulement 0,1% du commerce mondial de diamant.

Entretien à Londres réalisé par Dave Barraud

Source : Les Afriques

 

Mise à jour le Vendredi, 10 Juillet 2009 10:26
 
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